A la rencontre du dinosaure de Chrome, « le jeu le plus pratiqué sur la planète ». (CE niv B2-C1)

Google revendique 270 millions de parties par mois pour le « jeu du dino », caché depuis cinq ans dans le navigateur Chrome. Nous avons parlé avec le Français Sébastien Gabriel, l’un de ses concepteurs.

Corentin Lamy, Le Monde, 15.09.2019 adapté FLE à usage pédagogique

La date exacte de sa sortie s’est perdue dans les limbes[1] du Net : la presse l’a, en tout cas, découvert le 25 septembre 2014. Ça fait cinq ans ce mois-ci qu’il a débarqué dans nos vies à la faveur[2] d’une mise à jour du navigateur Chrome. Depuis, il s’agit « probablement du jeu le plus joué sur Internet », s’est réjoui Sundar Pichai, le PDG de Google qui gère Chrome. Avec ses 270 millions de joueurs revendiqués par mois, il joue – à la complexité technique près[3] – dans la même cour que Fortnite et ses 78,3 millions de joueurs mensuels.

Ce succès phénoménal a été développé par quatre personnes seulement, dont deux Français. Il n’a pas de nom officiel. Durant son développement, il était surnommé chez Google « Project Bolan », du nom du leader du groupe T. rex. Son cocréateur, lui, l’appelle « T. Rex Game » ou « Chrome Dino ». « C’était pas vraiment pensé pour avoir un nom accrocheur », reconnaît Sébastien Gabriel, interrogé par Pixels à l’occasion de cet anniversaire.

Nous l’appellerons donc « le jeu du dino ». Un nom simple, discret, qui lui va bien. Vous utilisez le navigateur web de Google ? Vous avez déjà eu une panne d’Internet ? Vous avez déjà vu le jeu du dino, sans doute sans le savoir. Pour qu’il apparaisse, il faut ouvrir un nouvel onglet Chrome, sur un ordinateur déconnecté. Synonyme de retour à la préhistoire, « quand Internet n’existait pas encore », un mignon petit dinosaure en pixels délivre[4] un message d’erreur.

Mais, depuis 2014, miracle : d’une pression sur la barre d’espace de votre clavier (ou depuis 2016, d’une autre sur votre écran de smartphone), le dino fait un petit bond, pour s’élancer dans une folle course dans le désert. C’est un des jeux les plus simples au monde : on saute avec la touche espace, on se baisse avec la flèche du bas… et c’est tout. Le dinosaure avance tout seul : au joueur de s’assurer qu’il aille le plus loin possible en évitant les cactus et les ptérodactyles[5] sur son chemin. Impossible de gagner : « on perd toujours à la fin, tout comme les dinosaures », s’amuse Sébastien Gabriel, qui revendique un score de plus de 2 000 points.

Le succès est tel (en particulier dans des pays peuplés où la connexion Internet est imprévisible, comme l’Inde, le Brésil, le Mexique ou l’Indonésie) qu’après sa sortie, une version pour jouer même lorsque on n’a pas Internet a vu le jour.

Revenir à l’essentiel. Cinq ans plus tard, le petit dino est devenu un élément à part entière de la culture Internet. Certains, sur le modèle du personnage de Chris Pratt dans Jurassic World, lui inventent un dresseur sexy, tandis sur le forum Reddit, on crée des bandes dessinées à sa gloire. On se demande aussi qui a atteint le meilleur score. Au risque de les décevoir, Sébastien Gabriel nous le confirme : Chrome ne garde pas trace des scores des 270 millions de joueurs mensuels estimés.

La popularité du petit dino n’était pas gagnée d’avance. Un navigateur est une fenêtre sur Internet : il existe pour être transparent, pour se faire oublier. « Bizarrement, les pages d’erreur sont des rares moments d’identité pour Chrome », explique Sébastien Gabriel. Le jeu du dino est né, selon lui, « d’un effort pour rendre les pages d’erreur plus agréables, utiles et interactives. Le but étant d’essayer de réduire la frustration des utilisateurs lorsqu’une requête[6] n’aboutit pas. »

Une équipe de quatre personnes s’attelle[7] alors à la tâche : le programmeur Edward Jung, le designer Alan Bettes, ainsi que deux Français, Sébastien Gabriel et Manuel Clément, respectivement responsables des graphismes et du son. Ensemble, ils envisagent un jeu plus complexe, des animations inspirées de Sonic, ou encore la possibilité pour notre dino de rugir. Avant, finalement, de revenir à l’essentiel.

Une statuette de dino. Mais, en réalité, le petit dino est plus ancien que le jeu proprement dit. C’est Sébastien Gabriel qui lui donne vie, en janvier 2012, quand il arrive au sein de l’équipe de Chrome. « Ma première responsabilité fut d’élaborer un nouveau design pour tous nos messages d’erreur (…). J’en ai gardé la responsabilité au fil des années et j’ai continué à y travailler en plus d’autres projets plus urgents. »

Il s’inspire ainsi du design minimaliste et amusant des messages d’erreur existants, dont une icône de dossier au regard vide qui tire la langue, accompagné d’une légende (« he’s Dead Jim ») qui fait référence à Star Trek.

Sur le même modèle, il dessine ainsi le fameux dinosaure, vite surnommé Lonely T. rex, mais aussi un petit robot, un panneau indicateur et des cactus, qui apparaissent en cas d’erreur de Wi-Fi. On retrouvera ces derniers, plus tard, dans le désert qui sert de terrain de jeu au fameux dino.

Reste une question : pourquoi un dinosaure, plutôt qu’un mammouth ou n’importe quel autre animal préhistorique ? « T. rex est un animal qui a toujours plu dans notre imaginaire commun, et il est aussi l’une des mascottes de Google : nous avons un squelette de T. rex dans notre campus, pour nous rappeler qu’il ne faut jamais prendre ce que l’on a pour acquis. »

Rien n’est jamais acquis certes, mais Lonely T. rex, lui, semble là pour durer. Il est aujourd’hui tellement indissociable de l’image de Chrome que, lorsque le PDG de Google pose en 2017 pour un article du Guardian, c’est dans son bureau, avec un carnet, des stylos… et une statuette du fameux dino.

 

[1] Dans la mémoire, dans des territoires oubliés

[2] Au moyen de, quand on a fait

[3] Même si on ne peut pas comparer le niveau de difficulté des deux jeux

[4] Donne

[5] Dinosaures volants

[6] Une demande, ici : une commande

[7] Se consacre, se met au travail

 

Questions :

Vous rédigerez vos réponses afin de faire des phrases construites et correctes.

1/ Quel est le sujet de cet article ?

2/ Pourquoi avoir créé ce jeu ?

3/ Pourquoi ce jeu connaît-il un tel succès ?

4/ Pourquoi avoir choisi un dinosaure comme mascotte (=symbole sympathique) ?

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Le Royaume-Uni, champion de la reconnaissance faciale. (CE niv. C1-C2)

Article original par Cécile Ducourtieux, Le Monde, 4 septembre 2019, adapté FLE à usage pédagogique.

En quelques années, et en toute discrétion, le pays est devenu l’un des plus en pointe[1] dans cette technologie. Les logiciels, désormais dotés de capacités de surveillance de masse inégalées, inquiètent les défenseurs des libertés individuelles

Beaucoup d’usagers de l’Eurostar connaissent King’s Cross Saint Pancras. La gare terminus par laquelle ils débarquent[2] à Londres se situe au cœur de ce quartier animé. Personne, avant des révélations du Financial Times, mi-août, ne soupçonnait qu’en ce lieu grouillant[3] de monde une expérience de reconnaissance faciale était menée. Depuis quand, dans quel objectif et avec combien de caméras activées ? Mystère. Interrogée, l’agence chargée de la mise en valeur du site, s’est contentée d’affirmer que la technologie est là pour assurer la sécurité du public.

L’Information Commissioner’s Office[4] (ICO) a annoncé l’ouverture d’une enquête, dès la publication de l’article du quotidien économique : « Scanner les visages des gens quand ils vaquent[5] en toute légalité à leurs activités quotidiennes, avec l’objectif de les identifier, peut représenter un danger potentiel pour la vie privée, et cela doit tous nous concerner, Spécialement si ces technologies sont utilisées sans que les gens soient tenus au courant ni n’en comprennent le fonctionnement. » D’autres révélations, tout aussi troublantes, ont suivi au cœur de l’été. Canary Wharf, l’énorme quartier d’affaires de l’est de Londres, serait lui aussi sur le point de s’équiper. Le 16 août, l’ONG[6] Big Brother Watch listait les lieux, un peu partout au Royaume-Uni, où la technologie était désormais utilisée sans que personne ne soit au courant.

50 visages à la minute. Des essais ont ainsi été menés en 2018 dans l’enceinte du Meadowhall, à Sheffield, l’un des plus vastes centres commerciaux du nord de l’Angleterre. Mais aussi au Traord Center de Manchester, un autre temple du shopping, qui a potentiellement pu viser 15 millions de personnes. A Birmingham, le centre de conférences Millennium Point est également concerné, tout comme des casinos et des maisons de bookmakers. Plus surprenant, le Word Museum, à Liverpool, a utilisé la technologie en 2018. Fin août,  Manchester City, le club de football, comptait lui aussi utiliser la technologie pour limiter les files d’attente les jours de match à l’entrée de l’Etihad Stadium. Fournie par la société texane Blink Identity, elle permettrait de scanner 50 visages à la minute et de distinguer les détenteurs de billets des autres.

En quelques années, et en toute discrétion, le Royaume-Uni est devenu l’un des pays du monde les plus en pointe dans cette technologie permettant d’identifier automatiquement des personnes à partir de captures de leur visage. Les logiciels impliqués ont tant progressé qu’ils inquiètent au plus haut point les défenseurs des libertés individuelles pour leurs capacités de surveillance de masse inégalées. Surtout quand les caméras de reconnaissance sont couplées[7] à d’énormes bases de données de visages enregistrés.

Les médias occidentaux ont rapporté, début 2019, que la Chine en faisait usage à l’encontre des populations musulmanes ouïgoures. C’est d’abord la police britannique qui, ces trois dernières années, a procédé à de nombreux tests, notamment la police du Grand Londres (lors des carnavals de Notting Hill en 2016 et en 2017) et la police du Pays de Galles du Sud. Officiellement, pour améliorer la sécurité des citoyens britanniques. Mais, désormais, nombre d’opérateurs privés s’y mettent, en toute impunité, explique Pete Fussey, professeur de sociologie à l’université d’Essex : « En principe, les caméras dotées d’un système de reconnaissance faciale scannent les visages, puis les confrontent à des bases de données, Le problème, c’est que, bien souvent, nous ignorons de quelles bases de données il s’agit et quel est le véritable objectif de la surveillance . En grande partie parce que ces technologies sont vendues à des sociétés privées qui les déploient dans des espaces privés. »

Comment un pays réputé pour son absence de carte d’identité peut-il être à ce point avancé dans la surveillance ? L’énorme réseau de caméras de vidéosurveillance déjà existant (les « CCTV ») aide considérablement au déploiement de la nouvelle technologie. Londres en compte ainsi 420 000 dans le métro, les écoles, les supermarchés, les entrées d’immeuble… Grâce à elles, la capitale britannique est la ville au monde la plus surveillée après Pékin (470 000 caméras), selon une étude du think tank américain Brookings Institution datant de 2017.

Grande complaisance[8]. Ces caméras ont été déployées massivement à partir des années 1990, notamment pour prévenir les attentats de l’Armée républicaine irlandaise (IRA). Le réseau s’est développé après les attentats de Londres de 2005.

Silkie Carlo, directrice de Big Brother Watch ajoute : « Il y a une contradiction dans notre pays. D’un côté, nous sommes très fiers de notre état de droit et des libertés publiques, mais, d’un autre côté, nous avons une grande complaisance pour le risque de leur érosion[9]. Il semble qu’aujourd’hui il n’y ait pas d’autre pays, à part la Chine, qui fasse une utilisation aussi inconsidérée de la reconnaissance faciale ».

Qu’en pensent les citoyens ? Le seul sondage sérieux, encore que très restreint, date de mai. Il a été mené auprès d’un panel[10] de 1 092 Londoniens. Un peu plus d’un tiers seulement des personnes interrogées s’inquiètent des expérimentations menées par la police du Grand Londres depuis 2016. Mais la préoccupation monte chez les jeunes (16-24 ans) et les habitants d’origine africaine ou asiatique. 38 % des jeunes du panel déclarent qu’ils éviteraient de participer à une manifestation si la police y utilisait la reconnaissance faciale. Les militants sont d’autant plus inquiets qu’au Royaume-Uni la technologie prospère en l’absence de tout cadre juridique spécifique. Les associations prônent[11] une interdiction totale dans les lieux publics et un encadrement de l’usage de cette technologie. Encore faudrait-il que les politiques s’en mêlent. Mais, au pays du Brexit, il y a d’autres urgences.

 

notes:

[1] avancés

[2] Débarquer par= arriver (le relatif utilisé n’est pas ou que mais par lequel/ par laquelle )

[3] Plein de

[4] Régulateur/contrôleur des données personnelles qui protège la vie privée

[5] Ils font

[6] L’organisation non-gouvernementale, une association

[7] ajoutées

[8] La complicité qui justifie les choses

[9] Usure, recul

[10] Un ensemble

[11] demandent

QUESTIONS:

1/ Quel est le problème général abordé par cet article?

2/ Quels sont les risques induits (=causés) par cette surveillance?

3/ Pourquoi cette surveillance s’est autant développée au Royaume-Uni?

4/ Que demandent les associations?

CO B2-C1 la robotisation et l’emploi

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Dans quelle mesure la robotisation risque de modifier les emplois ? Chiffres, données et théories économiques…

Un assemblage d’une automobile effectué par des robots dans l’usine Toyota à Aïchi (Japon), le 4 décembre 2014. (KAZUHIRO NOGI / AFP)

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